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Perrine Valli aux Printemps de Sévelin : Entre deux corps

scène

Des états de corps féminins liés à la prostitution sont abordés dans “Je pense comme une fille enlève sa robe” de la chorégraphe et danseuse franco-suisse Perrine Valli qui se produit aux Printemps de Sévelin à Lausanne.

Ce festival offre à de jeunes chorégraphes un cadre professionnel de création et de présentation de leur travail. Il remplit un rôle important dans la dynamique chorégraphique suisse et régionale, jouant non seulement un rôle de tremplin, mais également d’émulation. Ce que le public va découvrir sur scène, du 27 février au 20 mars 2010, ce sont peut-être les compagnies qui demain marqueront l’univers chorégraphique suisse.

Entretien avec Perrine Valli

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Après les soli, “Ma Cabane au Canada” (2005) inspiré de propos de Deleuze sur la ligne qui nous compose tout en explorant la carte de l’intime et “Série” (2007), une interrogation sur le formatage du geste par l’espace, le sens qu’il lui insuffle, la chorégraphe et danseuse franco-suisse Perrine Valli réalise un duo avec la créatrice sonore Jennifer Bonn. A 28 ans, le travail de cette interprète chez Cindy Van Acker (Corps 00 :00) ne cesse de questionner le corps et de jouer sur la trace.

 Parcours multiples
Parlant du rapport sexuel, le philosophe Jean-Luc Nancy relève : « Les deux corps s’affrontent seuls pour laisser survenir, dans le vide entre eux, quelque-chose. » C’est précisément cet entre-deux corps qu’explore “Je pense…” Le corps prostitué est abordé sous plusieurs angles : le toucher fragmentant un corps rarement visible dans son entier, embrayeur de parcours en mains glissées et frottements. L’identité sexuelle, enfin, avec le thème du double et de l’anonymat, deux femmes aux gestes et silhouettes qui se répondent en miroir, le souffle et la voix de l’une traversant l’anatomie de l’autre. La multiplication des positions couchées évoque tant le repos d’un corps d’expérience luttant contre les conditionnements du surveiller et jouir qu’une épreuve toute de tension où l’humain se confrontant à ce qui le dépasse, s’occupe à reprendre la mesure de lui-même. « Si le regard peut voir dans son ensemble, le fait de poser sa main quelque part sur le corps le parcellise. Du coup il existe de nombreux moments au fil de la pièce où le corps ne se voit pas en son entier. Cacher la poitrine, dissimuler en partie le corps, pour inviter à la percevoir dans ses morcellements », précise la chorégraphe.

 Avec ses passages dramatiques sous-tendus par une sorte de malice enfantine, l’opus voit ainsi Perrine Valli évoluer sur l’espace restreint et surélevé d’une table lit, un corps quasi liquide s’enroulant au plan horizontal comme mu par une rêverie méditative avec ce travail sur des mains ductiles aussi expressives que dans la kathak, danse du Nord de l’Inde.

 Corps à vendre
C’est ce corps au carrefour de plusieurs imaginaires et fantasmes masculins exprimés en chansons qui fascine. De Cole Porter célébrant la complétude de l’amour à vendre dans “Love for Sale” au désenchanté et ambigu “Ca va ça vient” de Bobby Lapointe. Le spleen mélancolique de “Patriots’ Heart” signé par le meilleur parolier américain vivant, Mark Eitzel, évoque, lui, la prostitution et le strip-tease masculin et voit Perrine Valli se rhabiller avec des gestes en apesanteur au cœur d’une lenteur qui conjugue grâce et étrangeté.

 Par saccades, la voix de Jennifer Bonn, agenouillée comme une pénitente, vrille l’espace d’une litanie qui ouvre et fouille l’entre deux corps comme une lame : « mon corps est le réceptacle de leurs plus intimes confessions », souffle-t-elle. « Quand ton travail est terminé et tu es vide et je suis pleine de ton vide couchée sur le sol… et déjà je dois me remettre debout car ceci ma lamentation n’est que le premier refrain d’un chant nocturne d’un chœur d’arbres pâles pour une salle d’hommes invisibles. » Des hommes que l’on retrouve sous la forme de petits bonshommes en papier découpé colonisant progressivement une paroi par projection interposée, alors qu’un pointillé s’inscrit à même le corps dénudés des danseuses. Comment mieux dire des identités partagées et clivées, une ligne de partage toujours redéfinie entre corps prostitué et corps client ?

 Des présences masculines se retrouvent à l’orée de l’opus en guirlande alignant de petits bonshommes en papier que Perrine Valli découpe minutieusement. Et in fine par projection interposée de ces mêmes figurines parcourant la crête de son épaule, sa paume ou sont littéralement engloutis par sa bouche. Bientôt une ligne pointillée est prolongée par les corps dénudés et étendus des danseuses, comme le morcellement d’un corps tarifé.

Bertrand Tappolet

 

Je pense comme une fille enlève sa robe, Perrine Valli
13 mars 2010 à 20h30 et le 14 mars 2010 à 18h

Printemps de Sévelin. Lausanne.
LES QUARTS D’HEURE - 4ème édition 10 et 11 mars à 19h:
Lucie Eidenbenz - As we sleep
Cie Kolo / Oettli - Sit Down And Run
Marion Duval - Comment et combien de fois sourire se fige
Audrey Cavelius - Modernization versus zombification
Thibault Maillard et Eva Susova - Flyflu.com
Association SKREE WOLF - I’d like to save the world, but I’m too busy saving myself

19 et 20 mars à 20h30 :
FLUXTENDU - Mickaël Henrotay-Delaunay - La tête au plafond
Cie Prototype Status - Jasmine Morand - Press to start

 

Article paru le 31 janvier 2009
Théâtre de l’Usine, jusqu’au 8 février 2009.

1 Réponse à “Perrine Valli aux Printemps de Sévelin : Entre deux corps”


  1. 1 Genève Active Le Théâtre de l’Usine s’affirme non-conventionnel at Pingback dans Jeudi 26 août 2010 à 13:58

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