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Il est nécessaire de remettre en question l’idéologie de l’art public

De l’in situ à l’ex situ
Paradoxalement la réalisation d’un projet d’art public est le fruit d’une importante opération de construction sociale : appel à projets, conception en fonction du lieu, recherches diverses engagées par les artistes, l’institution, les pouvoirs publics, l’espace urbain, les disciplines (on pense immédiatement aux arts plastiques mais d’autres disciplines pourraient également être conviées) et le marché de l’art. La conjugaison de ces forces relève d’une combinaison entre l’art et la société qui témoigne d’une conception passéiste de l’art public, de l’idéologie artistique moderniste que les politiques (ou les pouvoirs publics) imposent encore à la société. Cette mythologie sociale-artistique correspond à ce que Roland Barthes appelle la règle abusée que l’on peut ainsi résumer: une commande est passée à un artiste, la ville se forge une image de mécène avec l’argent du contribuable, l’institution impose ses choix souvent en fonction de critères commerciaux, les membres des commissions ont l’opportunité de jouer un rôle sur le marché de l’art, la pièce est imposée au peuple-alibi.
Dans cette situation in situ les artistes ont procédé à des expérimentations ambiguës et intégrales dans des lieux, créant ainsi des conflits et des tensions. Quand le « Site » devient un lieu de confit où l’activité culturelle nie celle de la nature, le lieu absolu n’est plus un lieu harmonieux. Il devient un non-site, ce qui est paradoxal si l’on considère la définition idéale du « Site ». Selon le critique d’art Thierry de Duve, les créations In situ sont paradoxalement Ex situ.
En bref, sous l’idéologie moderniste, l’art public a véritablement un problème éthique au nom de l’esthétique car il se présente plus comme un art de dictature qu’un « art public ». L’effet de l’art public a été analysé ainsi par Michel Foucault : les dispositifs institutionnels constituent des micro-pouvoirs qui prétendent éduquer le peuple. Le dispositif donne à voir le beau et en même temps définit ce qu’est le beau, soit la tâche dévolue aux musées depuis leur création. Dans sa bonté, l’autorité éduque le citoyen et favorise les tendances commerciales du moment. Mais avons-nous besoin de cet art imposé, tantôt décoratif, tantôt amusant, voire choquant ? Ne serait-ce pas plutôt le signe d’une décadence culturelle ? Est-il possible de privilégier  un art public démocratique afin d’éviter cette idéologie moderniste, autistique.

Quel processus peut être considéré démocratique ?
La philosophe Chantal Mouffe comprend le sens de « public » en connexion avec la réflexion politique. Quand ce sens « public » a été mis au service de la construction d’un consensus, il devient alors simplement une abstraction universelle, la représentation d’une dictature car c’est une œuvre imposée. Ce type d’acte autoritaire est-il nécessaire ?
Quel autre processus peut être considéré démocratique ? Pour Chantal Mouffe, il s’agit d’un processus qui s’inscrit dans démarche constitués de conflits et de différences qui font partie d’un processus de négociation. Dans ce sens, un art démocratique s’inscrit dans un processus permanent en devenir entre l’art et ses récepteurs, car l’art fait sens seulement quand le récepteur en fait partie intégrante, quand il en devient par exemple, amateur ou fan.

Nous proposons de développer une notion de réseau de l’expérience sensible en lieu et place du « Site ». Dans ces conditions nouvelles l’art public ne doit pas être soumis à des conditions et des formes prévues (par exemple la volonté de commander une pièce pour un espace précis). Le public n’est alors plus situé dans cette notion de lieu physique mais au delà de la réalité des flux, entre l’identité individuelle (Moi), le quotidien (réel et autrui), la politique (Nous).
Cette forme d’art existe-t-elle ? Il est en fait omniprésent autour de nous. Par exemple, un show télévisé, un film ou un concert peuvent toucher le public, il s’agit d’« art public ». Un concert peut créer un moment de « communitas », (dans le sens que lui a attribué le sociologue Victor Turner), soit une communauté homogène, égalitaire et fondée sur des liens interpersonnels, que l’on peut opposer au caractère structuré, différencié et inégalitaire de la société en temps ordinaire.
Dans L’obscénité démocratique, Régis Debray remarque que le théâtre conventionnel « lourd, coûteux, aux limites du ridicule, touche mille fois moins de gens que la télé, il n’a pas l’audience de la radio, il n’a pas l’emprise fascinante du cinéma, ni l’influence en profondeur du livre, ni la maniabilité et la réactivité du journal. » Les formes de culture de masse peuvent donner plus de substance et d’efficacité à un vrai art public. Pour qu’il y ait art public, il faut que l’artiste soit devant le « grand public » et sorte du complot.

Yi-hua Wu
doctorante Arts Plastiques, Université Paris 8
31 août 2011

 

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3 réponses

  1. Quidam

    Comme le dirait Raymond,
    Les néons c’est bonbon
    Et ça doit coûter bonbon
    Personne ne sait que c’est fait par des artistes
    C’est moins bonbon pour le contribuable
    Les néons c’est pas bon

  2. duchampien

    Pour poser la question de l’art public il faut savoir que l’artiste est toujours convoqué en dernier pour poser un objet au milieu d’un rond-point ou au bord d’une place.

    Pour les pouvoirs publics l’art public c’est une sculpture à poser parce qu’il faut bien utiliser le % culturel, point. Qui a dit qu’on pourrait créer une société qui refuserait l’art? C’est Marcel Duchamp.

  3. mariececile

    Les artistes qui reçoivent des commandes d’art public sont généralement des artistes officiels pistonnés. Il faudrait faire la différence entre ces artistes soutenus seulement parce qu’ils sont bien en cour et les vrais qui vivent de leurs ventes sur le marché. Le sujet de l’art public divise les artistes eux-mêmes qui établissent une hiérarchie entre art de prestige et art populaire. Voir La Distinction, de Pierre Bourdieu.

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