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1. Théâtre et cité – 24 sept.

 

Lundi 24 septembre 2012

Théâtre de l’Orangerie. Genève. 19h. Entrée libre.
Le bar du théâtre sera ouvert 1h avant le début de la rencontre.

Théâtre et cité

A quelle fin la démocratie attribue-t-elle des moyens à la culture ? Quelle culture, quels projets, quels artistes doivent-ils, en priorité, être soutenus ?

Voir les extraits vidéo

 

Théâtre et cité, pourquoi en parler?

par Sami Kanaan

Ce lundi 24 septembre s’ouvre le cycle des Rencontres théâtrales avec une première soirée consacrée à la place du théâtre dans la cité. Je me réjouis sincèrement de cette rencontre, comme des suivantes, et des échanges que j’espère animés et fructueux. Si la plupart des Rencontres concernent des problématiques concrètes touchant la politique culturelle dans le domaine du théâtre, la soirée qui nous réunira lundi à l’Orangerie nous donne l’occasion d’une véritable réflexion sur le théâtre lui-même comme domaine artistique, son évolution, son lien avec la ville, la société et avec les enjeux contemporains.

La Ville de Genève est historiquement très engagée dans la culture. Infrastructures, moyens financiers, institutions dans tous les domaines artistiques, son soutien au théâtre est important: plus de 15 millions de subventions pour les compagnies et les théâtres, 13 bâtiments (Comédie, Poche Am Stram Gram, Marionnettes, Grütli, Orangerie, Saint Gervais, Usine, Etincelle Jonction, Traverse, Pitoëff, Casino théâtre, Grottes) ou salles mis à disposition, un atelier de décors de théâtre, des salles de répétition, des moyens pour les échanges et les tournées, pour la médiation, des outils pour l’accès, pour la promotion, pour le soutien aux intermittent-e-s. D’autres partenaires comme le canton, les villes et les communes, Pro Helvetia, la Loterie et divers privés soutiennent également le théâtre dans notre région.

Aujourd’hui, l’actualité du monde théâtral à Genève, et plus largement le monde des arts de la scène, se trouve au cœur d’enjeux majeurs pour leur développement : nouvelle Comédie, reconstruction du Théâtre de Carouge, pavillon pour la danse, relogement de la Parfumerie, mais aussi les effets très pernicieux de la loi fédérale sur l’assurance-chômage, la mise en place de conventions de soutien à l’échelle lémanique et d’une dynamique régionale en matière culturelle, les implications potentielles du projet de loi sur la culture du canton de Genève et de la nouvelle Constitution, etc. Ces enjeux concrets vont entraîner des débats sur la nécessité de ces investissements et de ces institutions et sur la politique culturelle régionale et municipale.

Plusieurs voix se sont élevées ces dernières années pour dénoncer l’échec de la démocratisation de la culture, pour critiquer le peu de public qui fréquente les institutions théâtrales ou encore pour proposer de couper dans les institutions (voire de les fermer)  et de favoriser plutôt, par exemple, les arts numériques et la culture véhiculée par les nouvelles technologies. Face à la concurrence des écrans de toutes sortes et dans un contexte de crise budgétaire, le rôle de la culture est rediscuté, voire remis en question. Ces rencontres sont l’occasion d’un échange sur ces évolutions aussi.

Mon expérience de 15 mois à la tête du département de la culture et du sport, nourrie aussi bien des nombreuses rencontres passionnantes effectuées au gré des semaines que des dossiers concrets auxquels j’ai pu me confronter, m’amène à faire des propositions dans le domaine du théâtre. L’autonomie des scènes et des acteurs est fondamentale; ceci étant un dialogue doit s’instaurer en vue de définir des missions pour les différentes scènes, l’articulation entre elles, les conditions de soutien à la relève ou la diffusion, les règles en matière de renouvellement des directions, etc. Le Rassemblement des artistes et des acteurs culturels (RAAC) a initié  une nouvelle manière de rassembler les partenaires du domaine de la culture lors des Forums, les Rencontre théâtrales doivent permettre de continuer les débats dans le domaine du théâtre.

Les processus politiques qui mènent au vote des budgets nécessaires à la culture au sens large et aux arts de la scène en particulier ne peuvent que bénéficier des résultats de ces échanges, si les institutions politiques constatent un réel engagement des acteurs concernés, et ceci au service d’une scène artistique riche, diversifiée, engagée, créative ! Et ceci est d’autant plus vrai en période de tensions budgétaires.
Donc … que sonnent les trois coups des Rencontres et ouvrons les débats !

Sami Kanaan

Intervenant(e)s 

- Robert Abirached, F, écrivain et homme de théâtre.
- Sylviane Dupuis, CH, auteure.
- Sami Kanaan, magistrat en charge du département de la culture et des sports, Ville de Genève.
- Sophie Klimis, BE, philosophe.
- Carole Talon-Hugon, F, philosophe.
Modération: Mathieu Menghini.

Déroulement

Ayant souhaité mettre en débat sa politique du théâtre, la Ville de Genève nous offre l’opportunité d’interroger – dans cette rencontre inaugurale – les liens entre art dramatique et collectivités publiques et les formes possibles d’un théâtre de « service public ».

Avec Robert Abirached, nous analyserons les différentes postures qu’artistes et politiques ont pu prendre – hier et aujourd’hui – les uns envers les autres : défiance, accompagnement, stimulation, soumission, etc.
Nous chercherons à évoquer les critères susceptibles de distinguer les productions légitimant un investissement public d’autres abandonnées à leurs ressources propres ou à des financements privés.
Avec Sophie Klimis, nous discuterons les modalités de l’intense relation entre théâtre et civisme dans l’Athènes du Vème siècle avant notre ère. Le théâtre participa-t-il alors de l’éducation du citoyen ?
Comédie et tragédie jouissaient-elles du même traitement, du même accueil en ces temps éloignés ?
Avec Sylviane Dupuis, nous questionnerons l’« utilité » du théâtre et nous demanderons s’il est toujours le grand commentaire de la société qu’il fut au temps d’Eschyle et à celui de Shakespeare.
Incombe-t-il aux autorités d’entretenir le terreau local, l’art d’aujourd’hui comme le répertoire passé et l’accueil de productions internationales ?
Naturellement, la question de la place de l’auteur dans une politique du théâtre sera posée.
Avec Carole Talon-Hugon, nous évoquerons les évolutions esthétiques importantes de la scène contemporaine en les situant dans une perspective historique.
Nous nous interrogerons aussi sur les éventuelles « vertus » éthiques de l’art, en général et du théâtre, en particulier, comme source possible d’une légitimation de l’action publique en ces matières.

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Théâtre et cité (1ère partie: 15 min.)

Théâtre et cité (2e partie: 25 min.) 24 septembre 2012.

Théâtre et cité (3e partie: 24 min.) 24 septembre 2012.

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Débat en ligne: Le débat sur les différents thèmes qui font l’objet des Rencontres est ouvert sur ce site depuis le 24 mai 2012, il se poursuivra jusqu’au printemps 2013. Merci de poster vos commentaires et propositions en bas de page.

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Notices et bibliographies

Robert Abirached

Né à Beyrouth en 1930, Robert Abirached est un écrivain et homme de théâtre. Normalien, agrégé de lettres classiques et docteur, il s’est partagé entre enseignement supérieur, critique théâtrale, parcours littéraire et engagement civique dans le monde du théâtre, à quoi s’est ajouté un important épisode politique à la direction du Théâtre et des Spectacles au ministère de la Culture, entre 1981 et 1988, sous la présidence de François Mitterrand.
Une fois rendu à la vie universitaire, Robert Abirached s’est engagé sur plusieurs fronts : il a été, simultanément ou successivement, président de l’Observatoire des politiques culturelles de Grenoble, du Festival des Francophonies de Limoges, de la section française de l’Institut International du Théâtre Méditerranéen à Marseille, de la commission Théâtre du Centre national du Livre, et il a quitté en juillet 2008, au bout de dix ans la présidence du Théâtre Silvia-Monfort, où il avait été appelé par la Ville de Paris.

Bibliographie (extraits)
La crise du personnage dans le théâtre moderne
, Grasset, 1978 et Gallimard, collection TEL, 1994.
La décentralisation théâtrale
(4 volumes, sous la direction de Robert Abirached) : 1. Le premier âge, 1945-1958, Actes Sud Papiers, 1992 et 2005. 2. Les années Malraux, 1959-1968, Actes Sud Papiers, 1993 et 2005. 3. 1968, le tournant, Actes Sud Papiers, 1994 et 2005. 4. Le Temps des incertitudes, 1968-1981, Actes-Sud, 1995 et 2006.
Le Théâtre et le Prince
, repris sous le titre de : tome I, L’Embellie (1981-1992) (Plon, 1992, et Actes Sud, 2005) et suivi d’un tome II, Un système fatigué (1993-2004), Actes Sud, 2005.
Le Théâtre en France au XXe siècle
(sous la direction de Robert Abirached), L’Avant-scène éditeur, octobre 2011.

Sylviane Dupuis

Née à Genève en 1956, Sylviane Dupuis est poète, auteur de théâtre, essayiste et critique. Depuis 2004, elle enseigne à l’Université de Genève (au Département de français moderne) la littérature de Suisse romande.
Comme auteur de théâtre, elle a publié cinq pièces dont La Seconde Chute (une « continuation » du En attendant Godot de Beckett, créée à Genève par Philippe Morand – et à Zurich, Cracovie et Montréal) ou Moi, Maude ou La Malvivante (créée à Genève en français et à Berlin en allemand par Claudia Bosse). En 2004, elle reçoit le Prix des Journées de Lyon des Auteurs de théâtre pour Les Enfers ventriloques. En 2011 est créé à Genève Le Jeu d’Eve (par Darius Peyamiras) et en 2012, Etre là (par Martine Paschoud).
Elle est membre fondateur, avec Gérald Chevrolet et Michel Beretti, des EAT-CH (Ecrivains associés du théâtre), et membre fondateur de la MLG (association pour une Maison de la Littérature à Genève), qu’elle préside depuis 2005 et qui, devenue la MRL (Maison de Rousseau et de la Littérature), inaugurée en janvier 2012, constitue la première Maison de la Littérature de Suisse romande.

Bibliographie (extraits)
A quoi sert le théâtre ?
Zoé, Genève 1998 (Préface d’Eric Eigenmann)
Théâtre de la parole
. Poésie-théâtre. Faenza: Mobydick, 2003.
De Pandore à Lulu, ou comment en sortir
, in Journal du Théâtre Vidy-Lausanne, n°11, janvier-mars 2006, Lausanne.
Écrire pour le théâtre au féminin
: l’héritage / l’écart, in Profession créatrice. La place des femmes dans le champ artistique, publié sous la dir. d’Agnese Fidecaro et Stéphanie Lachat, Antipodes, Lausanne, 2007, pp. 187-206
« Le théâtre comme subversion des mythes », in : Métamorphoses du mythe (sous la dir. de Peter Schnyder, CREL, Université de Haute-Alsace, Mulhouse), Orizons / L’Harmattan, Paris, 2008
A consulter : Anne Fournier, Pour un spectateur metteur en scène – Essai sur la réception dans le théâtre de Sylviane Dupuis, Theaterkultur Verlag, Berne 2003.

Sophie Klimis

Sophie Klimis est professeur de philosophie aux Facultés Universitaires Saint-Louis de Bruxelles. Elle a également été professeur invitée de l’Université de Lausanne, de l’Université libre de Bruxelles ainsi que de l’Université de Paris VII.
Spécialiste de philosophie antique et de l’œuvre du philosophe Cornelius Castoriadis, ses recherches portent principalement sur les rapports entre philosophie et poésie (épopée et tragédie), sur les réélaborations de la pensée grecque par les philosophes du XVIIIème au XXIème siècle (Hölderlin, Nietzsche, Heidegger, Arendt, Foucault, Castoriadis, Badiou) ainsi que sur les problématiques de la performance et de la performativité en philosophie et dans les arts du spectacle vivant. L’ensemble des recherches de Sophie Klimis offre à reformuler les rapports entre art et philosophie, dans une confrontation permanente avec le travail concret des artistes, notamment mise en place lors des activités du Centre arts et performance qu’elle coordonne aux Facultés universitaires Saint-Louis.
Sophie Klimis est également co-directrice du Centre Prospéro – Langage, image et connaissance des Facultés universitaires Saint-Louis. Elle a accompagné la dernière saison du Grü et fut déjà, l’an passé, l’invitée de La Comédie de Genève.

Bibliographie (extraits)
Le statut du mythe dans la Poétique d’Aristote. Les fondements philosophiques de la tragédie
, Ousia, Bruxelles, 1997.
Littérature et savoir(s)
, éd. S. KLIMIS et L. VAN EYNDE, Publications des Facultés universitaires Saint-Louis, Bruxelles, 2002.
Archéologie du sujet tragique
, Kimé, Paris, 2003.
Imaginaire et création historique
, Cahiers Castoriadis, n°2, éd. Ph. CAUMIERES, S. KLIMIS et L. VAN EYNDE, Publications des Facultés universitaires Saint-Louis, Bruxelles, 2007.
Castoriadis et les Grecs
, Cahiers Castoriadis n°5, sous la direction de S. KLIMIS, Ph. CAUMIERES et L. VAN EYNDE, Bruxelles, Publications des Facultés universitaires Saint-Louis, 2010.

Carole Talon-Hugon

Professeur de philosophie à l’Université de Nice-Sophia Antipolis, Carole Talon-Hugon est également directrice du CRHI (Centre de recherches en histoire des idées) de cette université et responsable de la publication de la revue Noesis.
A l’occasion de la crise déclenchée par l’édition 2005 du festival d’Avignon, Carole Talon-Hugon pose un regard philosophique et esthétique sur la polémique : elle reconstitue une genèse historique des deux conceptions de l’art nées du XVIIe siècle européen: l’esthétique de la réception et la métaphysique d’artiste. En démontrant que ces deux conceptions semblent aujourd’hui inconciliables, alors qu’elles étaient à leur émergence profondément liées.
Ses plus récents ouvrages interrogent les rapports de l’art et de la morale. Pour Carole Talon-Hugon, la question de savoir si l’éthique doit se prononcer sur l’art est solidaire de celle de savoir si l’art doit 
se préoccuper d’éthique (que cela soit pour servir la morale ou pour la transgresser) ; toutes deux impliquent la question de savoir si l’art peut (par quels moyens et dans quelle mesure) quelque chose pour (ou contre) l’éthique

Bibliographie (extraits)
Art et éthique. Perspectives anglo-saxonnes
, PUF, Quadrige, 2011.
2011 : (direction) Éthiques d’artistes,dossier de la Nouvelle Revue d’esthétique, no 6, Paris, PUF.
Morales de l’art
, Paris : Presses universitaires de France, coll. « Lignes d’art », 2009.
Avignon 2005, le conflit des héritages
, Du théâtre, hors série, n° 16, 2005.
Goût et dégoût. L’art peut-il tout montrer ?
Jacqueline Chambon, 2003.
Les Passions
, Armand Colin, 2004.
L’esthétique
, Puf, « Que sais-je ? », 2004.

*  *

 

5 réponses

  1. Ohanessian

    Je suis comédien, animateur à la RTS, syndiqué suisse romand du théâtre et membre professionnel sur Comdien.ch, et pourtant, la Ville de Genève ne me considère pas professionnel; mon CV cependant est bien plus fourni que nombre de comédiens sortant d’une école qui, eux, peuvent prétendre à du soutien financier!
    Du coup, les pauvres 6000CHF que j’ai demandés en subvention pour la création de mon 1er One Man Show n’ont pas été accordés. J’ai joué 8 dates devant une salle comble qui a aimé et apprécié la qualité de mon travail.
    D’un autre côté, près d’un million voire plus (100 fois plus que ce que j’ai demandé) sont octroyés pour des spectacles professionnels qui ne remplissent pas les salles, proposant des spectacles où la forme essaye vainement de cacher l’insipididé de textes écrits sur un coin de table que le public n’apprécie pas, ou encore des performances dont l’intérêt et les qualités laissent clairement à désirer.
    Il faudrait mieux répartir les budgets, ce qui engagera aussi les compagnies qui brassent l’argent à mieux réfléchir sur leurs dépenses, arrêter de considérer que seuls les professionnels diplômés sont subventionnables (combien d’acteur merveilleux n’ont fait aucune école?).
    Je me bats pour ce métier, notamment avec des spectacles d’improvisation qui font salle comble à chaque fois et pour lesquels la Ville refuse les subventions car « l’improvisation n’est pas de la culture ». Cela revient à dire que le nombreux public qui vient voir nos spectacles ne vaut pas grand’chose et que la partie des impôts qu’il paie ne va même pas pour les spectacles qu’il apprécie.
    Il y a vraiment des dysfonctionnements conséquents dans la répartition du budget, qui, n’en doutons pas, fonctionne aussi sur le système des relations-pistons…

  2. Démocratie, Marché et Création

    Un des problèmes lors de la préparation de mes spectacles est celui du montage afin de capter l’attention du public. Pour moi, un spectacle est réussi dans la mesure où le plus grand nombre de spectateurs a vu le même spectacle.
    Il existe des techniques pour y parvenir et elles sont passionnantes. Quand on les étudie, nous comprenons vite qu’elles dépassent le cadre théâtral, puisqu’elles sont utilisées dans d’autres domaines comme la publicité, le marketing, afin de modeler le comportement des consommateurs culturels, la plupart du temps, à des fins commerciales déclarées.

    Dans notre société de consommation, une partie de la création artistique est devenue simple marchandise. Les enjeux de l’industrie du divertissement ont bouleversé tous les rapports existants entre la manière dont est financée la culture, conditionnant chaque fois de plus en plus comment et que devons nous créer afin de pouvoir vendre et exister en tant qu’artistes.
    Les termes comme rayonnement, part de marché, audimat, nombre de spectateurs dans les salles, ou pire encore la dichotomie entre théâtre élitiste et théâtre populaire, et bien d’autres encore, aident à constituer un discours éminemment économique où peu à peu la diversité est sacrifiée sur l’autel de la standardisation.

    La réussite artistique d’un spectacle du point de vue de l’idéologie néo-libérale, n’est déterminée ni par sa valeur artistique et symbolique, ni par rapport au sens qu’elle crée, mais par le nombre de représentations, de spectateurs, et autres marqueurs économiques qui plaisent tellement et qui la plupart du temps, maquillent des œuvres d’une médiocrité alarmante.

    Il faut donc rester vigilant aux couleuvres du discours néo-libéral !
    Par exemple, on entend de plus en plus sur la place genevoise ce type de discours qui affirme qu’il faudrait avoir un traitement spécial pour les compagnies de théâtre et de danse subventionnées. Le raisonnement est simple, limpide et direct : si elles sont subventionnés c’est parce qu’elles sont rayonnantes, c’est à dire, qu’elles tournent et se vendent bien ! En un mot, comme elles rapportent plus d’argent, il faut donc plus investir sur ces dernières.

    Si nous développons ce type d’argumentation, nous pourrions très vite nous demander à partir de combien de places vendues et de représentations données, une compagnie doit cesser d’être subventionnée. Cinq cent personnes sont telles assez ou peu ? Deux lieux sont suffisants ou pas ?…
    Et la valeur artistique de son travail ? Et l’originalité et la cohérence de sa démarche ? Et la diversité vis-à-vis de la population qu’elle touche ou avec laquelle elle travaille, par exemple des enfants, des personnes âgées, etc. Et la médiation culturelle qu’elle met en route ?
    Peu importe, nous répondra la pensée néo-libérale; la culture est un produit comme un autre, il faut qu’elle se vende et si c’est le cas, c’est qu’elle est de qualité !!! Voici le sophisme ou le grand tour de passe-passe des « marketeurs » de tout bord qui nous font croire que si elle se vend, c’est qu’elle est demandée, désirée !!!

    Nous voilà donc au point de départ, car pour comprendre ce phénomène il faut regarder de plus près les techniques sur l’attention utilisées pour capter et créer des comportements, de goûts de consommation artistiques.
    De ce point de vue, le pauvre Van Goh a sombré dans la misère, car il n’a pas voulu comprendre cette porosité entre la valeur marchande et la valeur artistique d’une œuvre, à la différence d’un Rembrandt ou d’un Poussin qui ont bien compris le lien entre marché de l’art et peinture.
    Cependant personne n’osera dire que la qualité de la peinture de Rembrandt a été déterminée par son activité de marchand de tableaux !

    Oui, c’est une réalité que personne ne peut nier : il y a une industrie du divertissement qui détermine des positions politiques vis à vis du subventionnement de la création et qui met aussi en branle nos opinions sur la démocratie, la diversité, le quantitatif et qualitatif, le populaire ou non populaire.
    Mais, il y a aussi la culture de l’âme dont parle Ciceron, cette culture qui se forge avec des choix personnels, des esthétiques et poétiques qui ne répondent pas forcement aux demandes du marché du divertissement et du loisir, mais plutôt à des valeurs comme le partage, partage « du souci de soi », d’une certaine intériorité, d’un désir de vérité et du travail du corps, d’une envie de privilégier tant le processus que le résultat.

    Si on doit parler de Démocratie, il faut donc se situer dans ce nouveau contexte sociétal où le Dieu tout puissant du marché, (quand on parle du théâtre), est partout et nulle part !

    Les nostalgiques de la démocratie athénienne et de la culture grecque nous font des discours sur la démocratie : la cité et le théâtre. Ils prennent toujours comme référence et comme seule source du théâtre occidental, la tragédie grecque. Ils oublient qu’il ne subsiste de ce théâtre-là, que des textes appartenant à la bibliothèque de l’humanité. Quant à sa pratique, nous ne savons pas grand-chose !

    Constatons : Il y a plus de gens qui vont dans les stades de foot que dans les théâtres. La notion du « peuple » est complètement bouleversée ; le peuple d’Athènes et celui de l’après-deuxième guerre mondiale, lorsque Vitez à créé le théâtre populaire, ne sont aujourd’hui que des vestiges du passé.

    Donc nous pouvons nous demander de quels principes démocratiques s’agit-il, quand nous voulons débattre ici et maintenant ?
    Il s’agit de ceux qui constituent une série de règles pour créer un ordre, pour établir un contrat social qui a comme fonction la protection de la diversité, des minorités, des fragiles et des faibles. Ou bien s’agirait-il de cette démocratie dite représentative avec ses vices et ses vertus (professionnalisation du politique, omniscience des experts, utilisation de plus en plus fréquente d’une terminologie de marketing et de gestion d’entreprises) qui parle au nom du peuple, qui se régit par l’opinion et dont la participation citoyenne s’arrête aux urnes ?

    Oui, en effet, quand on parle de Démocratie la notion du quantitatif prédomine. Parlons-nous d’une société démocratique quand celle-ci fait des efforts pour élargir et renouveler les publics ? Ou quand elle se pose des questions sur comment développer la diffusion des spectacles et se livre à des enquêtes de fréquentation, de statistiques sur les pratiques et goûts culturels des populations ? Ou encore quand-elle débat sur des objets culturels, sur la rotation des produits, de la « culture kleenex » ?

    Mais c’est possible, et dans le cas de ces rencontres théâtrales souhaitable, d’aborder le sens de la démocratie d’un autre point de vue. Celui de la création et des créateurs, sans se laisser piéger par des comptes d’épicier, par des clichés populaires.
    Parlons donc plutôt de la vitalité de l’art et de la création à Genève, de son renouvellement, des nouveaux territoires qui se dessinent, qui apparaissent en marge ou dans l’institution. Mettons les principes démocratiques au service d’exigences artistiques, de la pluralité esthétique.
    Si nous voulons aider la création dans sa diversité, il faudrait trouver comment séparer l’aide à la création des aides à la diffusion, c’est à dire, avoir le courage de s’opposer aux dictats du marché.

    Oui, oui, mais la tendance est autre ! Il suffit de voir la politique de Pro-Helvetia, qui devient un office d’exportation de marchandises culturelles, les changements de la Corodis, une certaine mainmise du pool du théâtre Romand, avec son nouveau bébé « label plus », pour constater que la démocratie et le marché ont des rapports plutôt pervers.

    Et quand on parle du peuple, principe souverain de la démocratie, ayons le courage, d’évoquer ou d’invoquer le public, au nom de l’exigence d’un « élitisme pour tous » afin d’opposer la culture et l’art au vil divertissement.
    Il faut avoir le courage de se dégager du comptable, de la statistique, non pas pour fuir contraintes et astreintes budgétaires, mais pour réfléchir au souffle à donner à une créativité qui à Genève ne se tarit pas.

    Monsieur Kanaan propose de commencer le débat par la thématique de la démocratie et donc de discuter sur la conception que notre société a de la culture et la place qu’elle lui offre.
    Je me demande donc si elle ne devrait pas être en permanence réévaluée, réinterrogée et pourquoi pas protégée d’une pensée hégémonique qui vise à dissoudre la valeur et le sens artistique dans une prétendue « rentabilité » culturelle ?

    Je crois que Monsieur Kanaan sera d’accord, si on affirme que toute politique culturelle doit évaluer de la manière la plus indépendante possible les conditions d’exercice d’une diversité artistiques afin de la soutenir, et d’améliorer et consolider le statut de ceux qui les exercent.
    Dans ce sens, parler de Démocratie, revient à trouver concrètement des mécanismes qui garantissent la pérennité et l’indépendance des structures et des démarches, pour que des projets artistiques puissent continuer à éclore.

    Gabriel Alvarez Metteur en scène et co-directeur du théâtre du Galpon.

  3. Je suis étonné de trouver ces seuls 2 commentaires comme représentatifs de la première rencontre.
    Le sujet reste peut-être trop éloigné des professionnels du théâtre, peut-être parce qu’il pourrait soulever une question de choix artistique et de créativité, domaine dans lequel le débat manquerait en effet de raison.

    Par contre, à considérer l’offre théâtrale dans un rayon élargi aux « amateurs » – ou à ceux qui revendiquent ce statut – alors les questions de la fin démocratique et du choix des acteurs culturels à soutenir prennent un sens plus ouvert.

    Ne donne-t-on pas des moyens à la culture pour qu’elle se répande et se développe ? Par quels moyens provoquer ce développement ? La « médiation culturelle » telle qu’on la conçoit est-elle le seul moyen de chercher la culture pour tous ? Donner directement les moyens de création aux amateurs sans chercher implicitement à les « éduquer » à la culture présente n’est-il pas un atout pour s’assurer d’une véritable démocratisation culturelle, comme de ses conséquences (recherchées par ailleurs), telles que l’accessibilité, le rayonnement et la relève ?

    Par ailleurs, le soutien aux amateurs ne serait-il pas l’assurance d’une citoyenneté plus assumée, dans la responsabilité de laquelle les pouvoirs publics et les institutions tireraient bienfaits d’avoir eu confiance ? Quelles en seraient les conséquences vis à vis du comportement culturel des citoyens ? N’en seraient-ils pas plus impliqués ?

    Plus avant, le partage de compétences entre professionnels et amateurs se révèle être une manne sur laquelle la politique culturelle ne peut pas faire l’impasse. Certaines associations, tel que DIMI (Mathieu Berclaz)ou d’autres, reçoivent déjà la reconnaissance de leur « utilité » et de la qualité de leur travail.

    Cette ouverture d’une forme vaguement clanique à une forme clairement coopérative ne serait-elle pas la mise en forme d’un soutien légitime ?

    I.M.

  4. Il n’y a pas de sens de faire en 2012 un rencontre « théâtrale », mais un rencontre des « arts de la scène » oui. La exclusion de la danse de ce rencontre à Genève, ou la scène chorégraphique est un pole d’excellence reconnue, ainsi que d’autres formes d’expressions moins facilement classable, performances, etc. démontre une fermeture de vision. Dommage pour un événement que questionne l’avenir…
    Guilherme Botelho / Alias compagnie
    chorégraphe genevois

  5. Lörtscher André

    La démocratie ne devrait pas se limiter à soutenir les projets des artistes professionnels mais aussi encourager les pratiques amateurs si vivantes en Suisse romande, surtout dans le théâtre, ce serait faire de la culture pour tous. Il faudrait aussi commencer tôt, sensibiliser les jeunes dans les salles de classe aux formes variées de la création, du patrimoine à celle d’aujourd’hui.

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